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GENETIQUE ET TORO BRAVO

 

 

 

Deux animaux sont apparentés, s'ils partagent un ancêtre commun. Un animal est consanguin, si ses parents sont apparentés.

Il faut préserver la variabilité génétique d'une part, pour améliorer la race d'autre part il faut lutter contre la consanguinité qui l'impacte défavorablement.

Dans une population fermée (nombre d'individus restreint) sans apport extérieur, inéluctablement la vitesse de la variabilité génétique diminue, celle de la consanguinité augmente.

La possibilité de bêtes tarées sur le plan physique, mais aussi sur les qualités morales ; baisse de la combativité (mansedumbre) est présente. Ce sont les deux facettes d'un même problème.

 

C'est le cas dans certains élevages de toros bravos dit «  sang bleu ».

Ils n'ont pas bénéficié d'apport extérieur de patrimoine génétique (génome) susceptible d'améliorer la variabilité .

 

On réalise généralement cette opération par l'apport d'un reproducteur (semental), de même origine (estirpe) mais extérieur à l'élevage : cela s'appelle « rafraîchir le sang ».

Dans des élevages comme Partido de Resina (ex Pablo Romero), il existe trois courants de sang : Cabrera, Jijona, Vasquez, chez Miura , deux sont : Cabrera, Gallardo (1). Il est plus facile de varier les croisements dans les lignées (reata).

Avec une seule origine : la lutte contre la consanguinité, devient épineuse dans le temps.

Ce fut le cas pour l'élevage « Prieto de la Cal ».

Créé par Gregorio Vasquez, son fils Vicente en 1750 lui adjoindra du sang Cabrera, l'élevage fut la propriété du Roi Ferdinand VII, puis pendant un siècle de l'association Duc de Veragua - Duc de Osuna.

Acquis en 1930, par Juan Pedro Domecq Diez et Nuñez de Villavencio.

Le sang Veragua fut vendu , en 1945 au Père du ganadero actuel : Tomas ( Prieto de la Cal y Divildes) ; son fils Tomas Prieto de la Cal Picon, reprit les rênes en 1975.'(2)

Le dernier apport de sang fut fait en 1940 par José Enrique Calderon.

 

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Dans le temps, les toros devinrent irréguliers dans la lidia : fuite du combat (mansedumbre), manque d'intérêt du toro au torero (faena a menos), baisse de la sauvagerie (figeza).

Tous ces défauts dénotent une variabilité génétique en baisse (consanguinité en hausse), les corollaires sont : désaffection des toreros, donc des organisateurs, donc du public. Une variabilité financiére en baisse !

Cet élevage, étant le dernier bastion Veragua, sans possibilités d'apport extérieur, le problème de sa sauvegarde fut posé .

 

Dans les années 1980, l'Union de Criadores de Toros de Lidia (UCTL fondée en 1905) a proposé un programme d'aide logistique à la conservation et l'amélioration de cet encaste. Le collège des vétérinaires a établi, sous la houlette du Professeur Cañon (3), un protocole d'intervention en interne : le décryptage du génome (ensemble des chromosomes) sur le cheptel.

Il est à noter qu'en France, ce type d'action a entraîné, notamment sur la race limousine, une révolution sur la production du lait et de viande.

Dans le cadre de la race brave , les critères sont :

  • Indicateur de qualité généalogique : nombre de générations connues

  • Indicateur phylogénétique : lien de parenté (ascendance) consigné dans le livre des naissances.

  • Établissement du génome : ensemble des chromosomes (cartographie), le génome bovin se constitue de 29 paires de chromosomes et une paire sexuelle.

La législation française impose une analyse génétique des reproducteurs  tous les quatre ans. C’est une traçabilité (filiation).

L'amélioration de la race passera par les génomes du reproducteur et de la femelle.

  • par la voie mâle : le génome transmet des caractères notés sur une échelle /10, exemple : toréabilité (noblesse, 2, 88)

  • pour la voie femelle, la lignée (reata) et la consanguinité du génome avec le futur mâle.

Lors de la tienta, en plus des qualités (4), la vache (becerra) aura l'attribution sur sa fiche d'une couleur.

  • rouge : maximum de consanguinité 15 à 30%

  • blanche : consanguinité égale ou inférieur à 15 %

  • vert : pas de consanguinité

     

Ces pourcentages correspondent à la parenté avec le futur reproducteur. Exemple : si une becerra est notée (regular) avec une couleur verte, possibilité d'être reproductrice, si rouge, elle est abattue.

Si une becerra est notée (superior) et estampillée rouge, elle peut être conservée, les choix sont faits en fonction du sexe de la descendance.

En génétique, rien n'est simple : la consanguinité peut permettre de régler des problèmes physiques : cornes, volume (tamaño), mais seulement sur une ou deux générations !

Après les qualités dites « morales » : bravoure, noblesse peuvent être impactées.

La multiplicité et la permutation des étalons au nombre de onze chez l'éleveur Don Tomas Prieto de la Cal Picon, contribue à améliorer la variabilité génétique (et les qualités intrinsèques des toros).

Ce travail complexe sur le patrimoine génétique, en vase clos, a permis à l’élevage de sortir du « bache », sans apport de sang extérieur, car impossible.

 

2008 : Farolero , corrida concours Saragosse six piques

2013 : 20 piques , vuelta al ruedo au cinquième à Ceret (France)

2015 : meilleur novillo de la Feria à Calasparra

2015 trois oreilles 11 piques, vuelta al ruedo au cinquième (Vergèze)

2018 trois oreilles vuelta al ruedo au quatrième à Tafalla

 

L'éleveur déclare que cette décennie est son meilleur moment de ganadero. La réputation est à son apogée. N'est 'elle pas la traduction de la devise héraldique de la ganaderia ?

 

Solera en Auge

LA MARQUESA

 

Agradecimiento al ganadero para repartir algunos secretos con nosotros...

Merci à Thierry Cazaubon pour sa gentillesse et sa diplomatie.

 

 

Jacques Lanfranchi « El Kallista »

dimanche 13 janvier 2019

 

 

  1. le célèbre A avec les anses est appliqué lors du ferrage, en haut ou en bas de la cuisse pour différencier l'origine Gallardo ou Cabrera.

  2. Le fer n'est pas vendu, d'où le V inversé (veragua) et le O de Osuna. Juan Pedro Domecq V couronné

  3. le professeur Javier Cañon est titulaire de la chaire de génétique (catédratico) de l’université de Madrid.

  4. Bravoure (pique), noblesse (muleta) plus les secrets et critères personnels de choix de chaque éleveur...

Photo 1 Jacques Sevenier