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BRAHMANES en CAMARGUE : Saga inattendue

 

 

 

Le Brahma est une race bovine issue des vaches sacrées d'Inde (type zébu), originaire de la région de Brahmapoutre.

Après avoir quitté le continent indien, elle a conquis les États Unis, le Mexique, le Brésil et l'Australie.

Sa rusticité et sa résistance ont permis par un croisement avec les bêtes européennes l'obtention d'hybrides faciles à manier avec un rendement important pour la viande et une résistance accrue aux insectes et parasites.

En 1963, l'arlésien Marc Du Lac, exploitant agricole (1), tente l'expérience avec pour pacage une centaine d'hectares plus riches en salicornes qu'en foin, près de Gageron.

Un reproducteur est trouvé en Floride, le pedigree est parfait, mais le transport et les frais sanitaires représentent un écueil financier.

Le voyage transcontinental sera moins glamour, il se fera sous forme de paillettes (semence congelée à moins 193 degrés centigrades). Les gènes de la région des Everglades rencontrent 17 vaches charolaises, dont quatre produits présentent les caractéristiques du Brahma, les neuf autres sont dits Charbray (caractéristiques dominantes du Charolais).

 

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Les veaux présentent la couleur blanche caractéristique des chevaux de Camargue (2) les oreilles longues et pendantes, les cornes courtes et un garrot surmonté de la bosse caractéristique des zébus.

Si le rendement en viande est important (600 kg) à 2 ans !

Il est contrecarré par la puissance et l'irascibilité des bestiaux.

Un des reproducteurs sera la vedette d'un rodéo à Berlin !

 

En 1882, William Frédéric Cody « Buffalo Bill » va ériger le rodéo (taureaux et chevaux) en spectacle public.

Lors de sa tournée européenne ( deuxième et dernière), « the Wild West Show » se produira dans 113 villes françaises dont Arles, Nîmes, Avignon.

De la création en 1936 du Cow Boy Turtle Association jusqu'aux Pro Bull Rider (1992) la pratique du Bull Riding (monte d'un taureau) perdure.

Les champions sont des USA, mais aussi Australiens, Brésiliens, Mexicains .

L'acteur James Dean s'essaya, parait-il, à cet exercice (3).

Joe Hamman «  Le Parisien » créateur du Western Français et éminent cavalier (il fit plusieurs séjours aux États Unis) tournera en Camargue plus de cent films avec des scènes de Rodéo.

Plus près de nous, dans les années cinquante Eduardo Poggio « l’Uruguayen » montera des taureaux Camargue en spectacle public. Il est le seul torero d'alternative de l'Uruguay.

En 1969, dans le bouvaou de Cacharel chez Denys Colomb de Daunant (il fut un éleveur éphémère de brahmas), André Laurent Bernard organise et codifie les jeux taurino équestres présentés au public.

En 1971, il achète deux taureaux Brahma (USA bon teint) : Tuyère et Venturi au Parc La Vallée des Peaux Rouges (4), un troisième, Banane, les rejoindra plus tard.

La fraction « canal historique gardianne » des Saintes Maries de la Mer , Daniel Clavel, Henri Caussan, Pierre Vadon, François et Henry Brouzet dit « le Shériff », Jeannot Cendars «  L'Indien », Alain Stucchi, Charlie Bessier dit « Charly » ( Ce dernier fera une carrière professionnelle de Rider aux USA pendant 12 ans, et en Europe), adhère au projet : c'est la naissance du DAR RODEO.

 

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Ces bestiaux de plus de 500 kg étaient des examinateurs de courage pour quelques amateurs, dont je fis parti .

Pour les professionnels, un championnat fut créé avec des étapes notamment à Urugne, Hendaye, Hossegor.

Les compétiteurs eurent les honneurs du journal sportif « L’Équipe ». L'aventure dura trois saisons.

De nos jours près de L'Aigle dans l'Orne, Sandrine et Stephan Baldon dans leur ranch « le 4S » élèvent des toros pour le Bull Riding, si la base est le Brahma, la vedette s'appelle « Corsica » (je vous laisse deviner l'origine...). Il a été trois fois champion d'Europe, et il a désarçonné 64 compétiteurs dans sa carrière.

 

Inattendue saga des toros brahmanes, des plaines alluvionnaires du Gange, au delta du Rhône via la région Normande.

Du Mexique au Brésil, des USA à l'Australie.

 

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Jacques Lanfranchi « El Kallista »

samedi 27 juillet 2019

 

Remerciements à Paul Arsac pour les renseignements sur le chapitre élevage. Idem à Charlie « Charly » Bessier, Alain Stucchi et Robert Kéchichian pour le chapitre DAR.

 

Notes :

  1. diplôme de l'institut national agronomique de Paris, membre fondateur et président du Parc National de Camargue (1972-1979)

  2. le cheval camargue Marc du Lac Actes Sud 1999

  3. in «  Une dernière nuit avec Jimmy » JP Alaux Calman Levy 2010

  4. créé en 1966 par Robert Mottura et Philippe Car Tanner, c’était un parc à thème « Western » à Fleurine (Oise)

Bibliographie

  • le Monde 27/07/1970

  • Almanach Camargue et Nature Jean Bazal 1971

  • l'Equipe mai 1972

Photos 1,2,3,4 DR