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SOBRIQUETS, SURNOMS ALIAS:APODOS

 

Si l'onomastique est la science qui étudie les noms propres, les sobriquets, surnoms et autres pseudonymes (et oui le pseudo dans internet) fait partie intégrante de l'histoire des hommes, et de la tauromachie. L'Alias venant renforcer le trait.

Ex : Curro Romero, alias El Faraon de Camas.

Damaso Gonzales alias le Fakir d'Albacete.

 

Le référentiel pour l'identité de chacun a été longtemps le registre des naissances, plus exactement celui des baptêmes, tenu par le Clergé.

Le prénom n'était pas de mise, l'identité se réfère au nom de famille des deux parents.

Fulano fils de Fulano et Mengana.

Cette notion de filiation se retrouve dans tous les peuples : O (irlandais), Mac (écossais) , Ben (arabe) Ibn (juif).

En Corse cela donne : André di Filippu (André fils de Philippe).

Si plusieurs Fulano coexistaient dans une ville, on rajoutait un référentiel topographique.

Ex : Fulano fils de Fulano du Pré vert (ou de Triana).

Dans les campagnes, l'ère des sobriquets vint plus rapidement qu'en milieu citadin ; pour être concret, ils s'attachaient à un détail physique ou une manie.

Fulano fils de Fulano « le gros » de Triana

Mengano fils de Mengano « l'avare » de Raphèle,

 

Dans les sociétés latines, les parents,et les ascendants ainsi que leurs métiers respectifs, permettent l’identification d'un individu.

Durant les vacances d'été, dans le village familial en Corse, quand un ancien me rencontrait, la question rituelle était : «  Tu es le fils de qui ? », « De Ange, le Docteur » . « Et ton grand père ? ». « Jacques,  le Capitaine »  (marin militaire). « Donc tu es le neveu de Benoît, le maréchal (des logis) des colonies (guerre d'Indochine) ? ».

Le puzzle étant en place, l'individu reconnu et accepté !

 

De nos jours, les prénoms permettent d'identifier les deux grand-pères et le Père : Santiago, Pablo, Angel, Mengano.

De tout temps les espagnols et les portugais ont dans leurs patronymes les deux noms des parents : Jose Mengano Fulano.

Aujourd'hui l'ultime référence identité est le passeport crypté, la carte numérique itou, itou...

 

En Tauromachie, les apodos (surnoms) procèdent de plusieurs raisons :

les premiers étant : une connotation moins ridicule du nom, moins connue plus facile à prononcer (pour la promotion du torero, en cas de triomphe) ; voire pour les non espagnols donner une teinte hispanique. Les apodos peuvent se combiner entre eux.

Le petit François Dupond devient «  Currito del Puente », Jacques Delaporte , « Jaime de la Puerta ». Le premier torero français , Pierre Cazenabe prit l'apodo « Felix Robert » alias « El Frances ».

 

En règle générale, les apodos sont liés :

  • au lieu de naissance : El Manchego (la Mancha), El Cordobes (Cordoba), Espartaco (Espartina), Valencia, Nimeño, Marsella, El Quiteño (Quito).

  • au pays d'origine : El Ingles, El Africano (Ricardo Chibanga, premier torero de couleur), El Colombiano, El Peruano, El Chino, El Hijo del Sol Naciento (Japon).

  • au métier exercé (ou celui du Père) : El Marinero, El Panadero (El Pana), El Legionario ( le piquero Victorino Garcia), El Lechero (premier apodo de Damaso Gonzales, ses parents avaient des vaches laitières), Llavero (concierge), El Carnicero, El Estudiante.

  • à une particularité générale du physique , peu avantageux : El Gordo, El Chato, Cara Ancha, à la coloration des cheveux : Moreno, Rubio, à la couleur de la peau : El Negrito ( Freddy Omar Vénézuela), à l'aspect général : Fino, Finito.. L'adjectif joli (1) donna une lignée de toreros fameux : Les Pouly.

  • au prénom et son diminutif : Pepe pour José, Paquito pour Paco, Tomasito pour Tomas...

  • à un titre particulier : El Principe (Yiyo), El Rey , El Califa, El Faraon, Infante...

     

  • à la famille : le second, frère, fils, neveu, petit fils, devant Chico. Juan Belmonte Chico, El Cordobes hijo, voire l' homonymie : El Doble del Cordobes (Juan Perez Navas).

     

Dans le cadre des dynasties :

  • Armillita (fondateur Juan Espinosa Saucedo), on accole un chiffre : Armillita II. L'arborisation familiale peut se traiter par le prénom, comme celle des Silvetti, des Baez « Litri », des Mejias « Bienvenida », les Sangar « Pirri », des Goitïa « Romero ». Plus complexe est la famille Vega de Los Reyes dit « Gitanillo de Triana » alias Curro Puya, dont le fondateur fut Rafael.

  • aux bestiaires : El Lobo, Lagartijo (petit lézard), El Caracol , El Zorro (le renard), El Gallo, Canario , El Tortuga (2). El Tigre (Juan Silvetti Mañon, son fils Juan Silvetti Reynos fut El Trigrillo).

  • à l'imagination des apoderados : El Brujo, Diamante Negro, El Mito (le mythe), Maravilla, El Milionario, El Satelite (Victor Ruiz de la Torre).

  • à un trait de la personnalité : El Extremeño, El Tranquilito (Robert Piles) ; Valor (Diego Puerta), Formalito ( Jose Sapiens), Leal (Loyal)

  • à la religion, voire au clergé : Jesulin ( de Ubrique), El Santo, El Pio, El Diablo, Del Pilar, El Papa (Rodolfo Gaona) ; Monaguillo, Obispo et Niño de las Monjas (sic) et Romero (pèlerin) .

     

Certains journalistes ont un apodo : Paco Tolosa, El Tio Pepe, Luis de la Cruz.

Les empresas : la famille Martinez Elisondo deviendra « Chopera », le matador de toros et empresa Bernard Dombs prit le nom de son aïeule, d'origine séfarade espagnole et devint «  Simon Casas ».

 

Le 26 janvier 2019, à Lucena del Puerto se déroulera un festival mixte : toros Prieto de la Cal. Rejon : Leonardo Hernandes, Léa Vicens, et les débuts du becceriste « El Cachorro ».

La traduction littérale de ce mot est « chiot », par analogie, c'est le dernier né de la couvée, le petit mais aussi... : En 1682, la confrérie du Saint Christ de l'Expiration (Triana , Séville) commande au sculpteur Francisco Antonio Ruiz Gijon, un Christ en croix. Un soir à la Cava de Triana, un jeune gitan est poignardé lors d'une rixe, et décède sur les quais, sous les yeux de l'artiste. Ce dernier rentre à l'atelier, et capte le râle de l'homme, un œil déjà perdu... Il les reproduit sur son œuvre.

 

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Lors de la première sortie du Paso (3), une gitane décoche une Saeta (4) « Ay ! Pero si ese mi cachorro » ,( celui ci est mon petit), le Christ avait son apodo !

 

« Humaniser le Divin jusqu'à le sévillaniser, peut être la plus haute voie sur le chemin de la Rédemption ». Manuel Machado

 

Suerte « El Cachorro » pour ta présentation en public, ce 26 janvier (5)

 

 

El Kallista ( le Corse)

dimanche 20 janvier 2019

 

 

  1. Pouli, adjectif provençal qui veut dire joli. La dynastie des Boudin : Etienne, son fils Ambroise, et son petit fils Pierre devinrent Pouly I, II et III.

  2. Neptali caza : el Tortuga d'origine équatorienne fut malgré une taille de 1m 50 , un des plus grands banderilleros d'Amérique latine.

  3. El paso , c'est l'ensemble du plateau et de la statue ( Christ, Vierge) porté par les costaleros, le grand torero Juan Belmonte fut un des célèbres nazaréens de la Confrérie du Saint Christ de l'Expiration : « El Cachorro ».

  4. Saeta : flèche verbale, interpellation

  5. Deux toreros ont déjà adopté cet apodo : Raul Ruiz et Javier Rodriguez.

 

Bibliographie :

  • La passion selon Séville, Joseph Peyré Éditions Arthaud 1953

  • Dictionnaire tauromachique, Paul Casanova Pierre Dupuy éditions Lafitte 1981.

  • Séville, Dominique Page Éditions Gisserot 1992

     

Photos :

Photo 1 : collection Eyraud Fidani DR

La dernière course de Pierre Boudin dit « Pouly III » accompagné de Fermin Espinosa Saucedo dit «  Armillita chico » et Jose Gonzales Lopez dit «  Carnicerito de Mexico » le 16/10/1932 à Arles Toros Pouly.

Photo 2 Arenas DR